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Didier Zuili se présente

Didier Zuili se présente

Didier Zuili se présente

Didier Zuili raconte son parcours, s'exprime sur le cinéma méditerranée et réfléchit sur l'indépendance dans le cinéma.

Cine4me : Parlez-moi de votre parcours et votre carrière ?
Didier Zuili : Au départ, j'ai effectué une formation en lettres modernes. Puis en 1987, je suis devenu assistant metteur en scène de théâtre à Nice pendant trois années. Je voulais devenir réalisateur et à l'époque, il n'y avait peu de moyens pour apprendre à diriger des comédiens. J'avais alors 25 ans, l'instabilité de ce métier du spectacle m'a fait peur, alors je me suis tourné vers l'autre versant de ma passion pour l'image : le dessin. Je dessine depuis ma prime enfance. Pendant dix ans, j'ai dirigé à paris un studio de création graphique. Je partageais alors ma vie entre la bande dessinée et parallèlement, j'écrivais des scénarios que je voulais proposer à d'autres. En 1999, après un voyage aux Etats-Unis, j'ai fermé ma boîte et j'ai décidé de me consacrer pleinement au cinéma. J'habitais Paris, curieusement je suis revenu dans le sud et j'ai entamé la réalisation de mes premiers documentaires qui ont été plus faciles à produire que mes premières fictions courtes. J'ai réalisé une dizaine de documentaires, j'ai aussi écrit des scénarios qui ont été tournés par d'autres réalisateurs, j'ai fait de nombreuses captations de spectacles et trois courts-métrages. Depuis 2008, je ne me consacre plus qu'aux films de fiction et au dessin aussi. Aujourd'hui, je partage ma vie entre la BD et le cinoche.

C : Quelle est votre réalisation préférée de vous-même ? Pourquoi ?
DZ : C'est compliqué il y en a plusieurs...
Je citerai peut-être mes deux derniers films. « Yvan et sonore », une fiction politique produite par DG films, car c'est le film qui raconte le plus ce que j'ai envie de dire aujourd'hui par rapport à la société. Et puis, « Le droit à la culture pour tous dans l'Europe de demain » que j'ai fait pour une association EUROMEDINCULTURE(s) parce que le sujet de ce film, le droit à la culture pour tous est un combat fondamental, dans une époque où la culture passe toujours « après l'approche économique », ce qui est un contresens absolu.
Et sinon, présent actuellement sur cine4me, mon film préféré est « Britannicus » sans hésiter, particulièrement pour des raisons artistiques. Il y a aussi le documentaire « Alger, Oran, Paris » qui est un magnifique film de Michèle Mira Pons, dont je ne suis pas l'auteur mais que j'ai encadré de A à Z avec Valérie Cohen, ...comme producteur. J'ai une grande affection pour ce film car c'est un film de paix entre les peuples. Musulmans et juifs font de la musique ensemble. Même si à cette époque, les relations sont compliquées entre la l'Algérie et la France. C'est une histoire d'artistes qui échangent et partagent. Dans ce film la musique raconte l'Histoire. Echanger, traverser les frontières, explorer la beauté de la différence sont les fonctions mêmes de l'artiste.

C : Pourquoi vous intéressez-vous tant à la Méditerranée dans vos films ou documentaires ?
DZ : J'ai découvert en effet, au fur et à mesure, que la Méditerranée était au c?ur de nombreux de mes films mais ça n'a jamais été quelque chose de conscient. Quand je fais des films, je n'ai aucune stratégie de contenu, mais faire des films permet au final de savoir qui on est, de mieux se comprendre. Je me suis toujours posé cette question : pourquoi j'aime aborder des thèmes comme la culture orientale ou l'immigration ? J'ai fini par penser que c'est simplement le fait des origines familiales. Mes grands-parents et parents sont nés en Tunisie, Ils sont venus en France. Et même si je fais partie de la génération née en France, je suis issu de cette partie de la Méditerranée. Aujourd'hui, j'ajoute : « Merci au peuple tunisien d'avoir montré le chemin du printemps des révolutions arabes. Souhaitons-leur le meilleur, à tous ! ».

C : Comment caractérisez-vous le film indépendant ? Vous-même êtes-vous indépendant ?
DZ : Peut-être l'indépendant est celui qui a réussi à se faire entendre alors qu'on essaye de lui couper le micro. Un indépendant se bat avec ses moyens, en même temps que les structures commerciales qui monopolisent une grande partie de l'espace, il s'agit toujours de conserver l'énergie pour avoir la tête hors de l'eau, pour continuer à dire, et jamais ne se laisser noyer.
Mais, on est tout de même toujours dépendant de quelque chose, d'une époque par exemple. Est-ce qu'on est indépendant parce qu'on arrive à vivre en dehors d'un grand groupe ? Pour ma part, je n'arrive pas à me coller l'étiquette d'indépendant. Se coller une étiquette est quelque chose de figé, or on n'a jamais fini de se battre pour être indépendant, c'est un chemin jamais achevé.

C : Dans quel style vous classeriez-vous ?
DZ : Je situe mon style à mi-chemin entre le lyrique et le politique, je ne peux me passer d'aucun des deux.

C : Pensez-vous que le cinéma méditerranéen soit assez répandu ?
DZ : Je pense que la priorité serait d'abord que le cinéma méditerranéen soit vu dans leurs pays de création. Si ce cinéma n'est pas vu chez nous c'est parce qu'il n'est pas vu là-bas. Si un pays ne connait pas sa propre cinématographie, il aura du mal à l'exporter. Mais peut-être qu'avec le printemps arabe, toute une jeunesse va créer des structures, exporter son cinéma grâce aux relais qui existent en Europe. Il faut faire des partenariats avec ce cinéma aussi bien au niveau de la production que de l'accompagnement. Des gens le font déjà. Il faut continuer.
Ceci dit, en ce moment, l'Europe ne consacre que 0,28% pour la culture. Et le plan Media, qui a tant fait de bien au cinéma européen notamment est en train d'être - en partie - remis en cause. Des pétitions circulent pour préserver le plan Media. C'est fondamental. Il ne faut pas se laisser faire. 60% des films regardés en Europe sont des films américains ; dans dix ans, cela passerait à 80% ? Attention, je ne dis pas le cinéma américain est mauvais ! Je regarde toutes les cinématographies, mais pour avoir un blockbuster, les distributeurs européens sont obligés d'acheter même les films américains que les américains ne veulent pas chez eux, alors...

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