Georges Ruquet se présente
Georges Ruquet, réalisateur du grinçant "Blind Test", se confie à cine4me à propos de son style qui lui est propre ainsi que sur le thème du cinéma indépendant en France, une cinéma très art et essai.
C : Comment caractérisez-vous le film indépendant ? Vous-même vous classeriez-vous dans le cinéma indépendant ?
G. R. : Aux États-Unis, on appelle "cinéma indépendant" celui qui se fait en dehors des majors hollywoodiennes. En France, on pense au cinéma que l'on peut voir dans les salles Art et essai. Mais, pour les professionnels, c'est plutôt ce cinéma qui se fait de bricks et de brocks, sous-financé, avec beaucoup de bonne volonté pour compenser le manque d'argent. Ça permet à des films de se faire sans attendre les hypothétiques financements et subventions classiques, mais pas toujours pour un résultat satisfaisant. Souvent, la distribution est du même métal et en fin de compte le film n'est que très peu vu. Il existe, certes, mais ne rencontre pas son public et un film sans public, c'est comme un scénario sans film. C'est donc une indépendance qui peut, sans jeu de mot, se payer cher. Cela peut permettre un début de carrière, une expérience hors du commun, et c'est parfois le début de la route du succès si le public s'en empare, mais l'on peut aussi y mourir professionnellement, libre certes, mais mort. Je ne me sens pas d'une école ou d'un militantisme. Un producteur peut peut-être vouloir se sentir indépendant. Mais le réalisateur que je suis s'est senti dépendant des conditions de production. Je crois davantage que l'indépendance passe par l'audace et un grand professionnalisme qui allie sens des affaires et sens artistique. Regardez un Claude Berry, un Toscan du Plantier et il y en sûrement d'autres moins connus mais … vivants.
C : Quel qualificatif donneriez-vous à votre style ? Quelle est votre propre touche dans votre apport au cinéma ?
G. R. : J'ai en fait deux facettes, et il n'y en a pas une pour rattraper l'autre. J'aime beaucoup l'humour grinçant, acide. Si j'avais le temps et les moyens, je ferai du burlesque, j'adore le slapstick, ces situations qui dégénèrent jusqu'à l'absurde. Il y a de ça dans "Blind Test" et la référence française est "Le père Noël est une ordure", un must et une exception dans le cinéma français. Et puis d'un autre côté, j'écris des scénarios très films d'auteur avec des types flippés qui veulent aimer des femmes qui leur tournent le dos ou qui sont malades et meurent avant la fin. Ne riez pas, c'est très beau, très humain mais ça fait fuir les producteurs.
C : Le cinéma méditerranéen vous parle-t-il ?
G. R. : Quand on me parle "cinéma méditerranéen", je pense plutôt au cinéma algérien, égyptien, palestinien, libanais, israélien et même iranien alors que l'Iran n'a pas de rive sur la Méditerranée. Ce sont des pays qui souffrent. Ils ont quelque chose à dire et ils peuvent le faire avec beaucoup d'humour. Est-ce qu'en France on peut parler d'un cinéma typiquement méditerranéen? Pagnol? Guédiguian? Il y-a-il un cinéma parisien? Du Nord? Breton? S'il l'on doit faire des distinctions, ce doit être pour ouvrir, pour être curieux, tournés vers les autres, pas pour opposer.
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