Nana Janelidze se présente
La cinéaste géorgienne Nana Janelidze est en compétition au Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier 2011 avec son documentaire "Will There Be a Theatre up There?!". Lors de cette 33ème édition, cine4me remettra le Prix du documentaire méditerranéen. La réalisatrice nous a laissé mieux la découvrir à travers une interview.
cine4me : Pouvez-vous nous parler de vous et de votre carrière s'il vous plait ?
Nana Janelidze : J’étais l’étudiante du cinéaste géorgien mondialement connu Tengiz Abuladze. Comme j'étais la plus jeune étudiante de son groupe, j’avais 18 ans, il était très aimable avec moi. J'ai terminé mes études à l'université musicale donc le monde bruyant du cinéma était très loin de moi. J'avais donc décidé d’arrêter mes études à l'Institut de Théâtre et de revenir à la musique. Mais Abuladze m’a proposé un travail d’assistante de direction du film « The tree of desire ». C'était la période la plus belle, la plus instructive et la plus riche de ma vie. Nous, tous les étudiants, nous travaillions comme des auteurs, comme des réalisateurs, comme des designers, sur ce film. Beaucoup de stars du cinéma et du théâtre géorgien ont participé à ce projet.
Les années ont passé et Abuladze a commencé à travailler sur « Le Repentir ». Ce film était comme un symbole de destruction de l'Union soviétique. J'étais l'auteur du scénario et l'assistante du designer de musique et réalisateur. Le film a été tourné malgré la censure de KGB, c'était sous la couverture de Shevardnadze, qui a tout fait pour soutenir ce film. Le film traitait du régime totalitaire de l’URSS et du destin d'artiste libre dans ce pays.
Je rassemblais des faits et des informations des gens qui ont vécu dans cette période (les années 1930), qui ont été arrêtées par le KGB et qui ont passé des années en goulag. J'étais jeune pour traiter ce thème car avant personne ne m’avait parlé de ces sujets. C'était assez risqué. Même dans ma propre famille, mes grands-parents m'ont raconté beaucoup de choses dures sur cette période ainsi que leur propre expérience. De cette manière, nous rassemblions beaucoup d’éléments et nous avons ensuite construit l'histoire d'une famille qui inclut le vécu de beaucoup de personnes. Le tournage du film a été suspendu pendant deux ans. Le réalisateur du film Tengiz Abuladze a failli être arrêté, mais une nouvelle ère de l’Histoire de l’URSS a commencé. Gorbachev est devenu le dirigeant de l'État, tout le changé. Il a décidé de détruire l'Union soviétique. Avec cette vague, « Le Repentir » a été apprécié comme « The swallow of the Perestroyka ». Le film a gagné beaucoup de prix dans le monde entier y compris le Grand Prix du Festival de Cannes.
C : Qu'y a-t-il de particulier dans le fait de tourner des films en Géorgie ? (sujets, contraintes, spécificités)
N. J. : Le problème principal d'un tournage de film en Géorgie est le très petit budget de production de film. La seule source de financement est le Centre national du Film, qui a un petit budget, il y a peu de fondations nationales en Géorgie et personne n'est intéressé par la production de film. Egalement, nous n'avons pas la forte expérience en communication des films européens, nous faisons nos premiers pas dans ce domaine.
Un autre problème est la distribution. Notre réseau de distribution est très petit. De nos jours, nous avons quelque dix-douze salles de cinéma dans le pays entier. Les billets sont très chers. Malgré tous ces problèmes, de jeunes cinéastes font leurs premiers pas et ils réalisent des films de très bonne qualité.
C : Comment les gens traitent-ils le poids de l'Histoire en Géorgie ?
N. J. : Si on écoute des chansons folkloriques géorgiennes qui sont fortement professionnelles et polyphoniques, on peut y trouver toute l’Histoire de la Géorgie et le caractère des Géorgiens. L’art géorgien dépeint entièrement notre Histoire.
C : La Géorgie n'est pas exactement un pays méditerranéen. Comment avez-vous pensé à envoyer votre film au festival méditerranéen ?
N. J. : Si je me souviens, une fois quand Otar Ioseliani (un grand cinéaste géorgien et français) participait à ce festival, il a déclaré que toute la culture méditerranéenne partait des mystères de la Mer Noir et de l'histoire de la Toison d’Or qui a été volée par Médée (dont les origines sont géorgiennes) pour Jason son bien-aimé grec. C'est une plaisanterie, mais avec un grain de vérité... Je pense que les pays méditerranéens et les pays de la Mer Noire appartiennent à une même zone et il y a une grande ressemblance entre la culture méditerranéenne et la culture de la Mer Noire. De nos jours, il n'y a déjà pas de frontières entre les états donc encore moins entre les mers. C'est pourquoi la participation de pays de la Mer Noire à ce festival est absolument naturelle.
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